Alors que la SNCF annonce la création de wagons où les enfants seraient interdits, une question essentielle se pose : quelle place notre société accorde-t-elle aujourd’hui à l’enfance ? Tout semble organisé pour faire taire l’enfant, le rendre discret, presque invisible. Ne pas déranger, ne pas faire de bruit, ne pas prendre trop de place. Or l’enfant n’est pas un problème à gérer : il est l’avenir. En lui demandant de s’éteindre, quel message lui envoie-t-on ? Qu’il dérange, que sa voix est de trop, que le monde n’est pas fait pour lui. Et quels adultes fabriquons-nous ainsi ?
Cette logique s’étend bien au-delà des trains. À Nogent-le-Roi, en Eure-et-Loir, des agents de police municipale sont intervenus à l’heure du déjeuner pour « ramener le calme » dans une cantine scolaire. Faut-il désormais répondre à la vitalité des enfants par la répression plutôt que par l’éducation et l’accompagnement ?
On entend souvent que les enfants ne seraient « pas adaptés » au système dans lequel on les place. Mais si le problème était inverse ? Et si c’était le système qui n’était pas adapté à l’enfant ? Pourquoi exiger de lui qu’il entre dans un moule rigide, pensé sans lui, plutôt que de transformer ce moule pour qu’il accueille ce qu’il est vraiment : un être en devenir, qui a besoin de mouvement, de parole, de jeu et de relation.
À l’inverse, dans les pays scandinaves, l’enfant est reconnu comme une personne à part entière. En Suède ou en Norvège, dans les trains, les gares, les parcs ou les écoles, tout est pensé pour qu’il puisse grandir en sécurité, en liberté et en confiance. Cette vision interroge directement nos choix politiques : voulons-nous une société silencieuse et normée, ou une société vivante, capable de faire une vraie place à l’enfance pour construire l’avenir ?