Lors du congrès pédagogique de Verrières-le-Buisson en octobre 2025, Joséphine Winther a proposé une conférence passionnante sur la place du risque sain dans l’éducation.

Elle nous a rappelé que les enfants apprennent mieux lorsqu’ils sont entourés de personnes qui savent un peu plus qu’eux. C’est ce que Vygotski appelait la zone proximale de développement : un espace d’apprentissage vivant, entre ce que l’enfant sait déjà faire et ce qu’il peut accomplir avec un soutien bienveillant.

Trop de facilité endort, trop de difficulté décourage : c’est dans cet équilibre fragile que se trouve la véritable progression. Mais dans notre société moderne, le risque s’est peu à peu effacé de la vie quotidienne.

Joséphine Winther identifie quatre grandes causes à cela :
– la judiciarisation de nos relations, qui transforme certains gestes éducatifs naturels en actes désormais interdits.
– la théorie de la compensation, qui pousse à chercher un responsable dès qu’un incident survient.
– la marchandisation de l’école, qui fait du professeur un prestataire et de l’élève un client.
– et la capitalisation de l’éducation, où la réussite devient un produit à valoriser.
Tout cela éloigne l’enfant de l’expérience directe, de la confrontation avec l’incertitude, du goût d’essayer et parfois d’échouer.

Depuis les années 1980, le rayon d’autonomie des enfants a diminué de 90 %. Ils passent à peine 30 minutes par jour dehors, capables de parler des Nations Unies mais ignorants des insectes, des ruisseaux ou des chemins qui entourent leur maison. Pourtant, les études le montrent : les enfants qui ne prennent pas de risques sont plus susceptibles à l’âge adulte de se blesser, de développer des phobies ou des angoisses, et ont plus de mal à évaluer les dangers réels de la vie quotidienne. Écouter des histoires qui font peur, grimper à un arbre, essayer quelque chose de nouveau : ce sont autant de façons de muscler le courage et la confiance.
Protéger les enfants de toute peur, c’est paradoxalement affaiblir leur force intérieure.

Joséphine Winther évoque « la tyrannie du lisse » : cette peur moderne de se tromper, ce désir de perfection qui lisse tout, comme les écrans de nos téléphones.
Mais que devient notre capacité à échouer, à rebondir, à apprendre ?
Éduquer à la liberté, ce n’est pas viser un état final, mais un exercice quotidien : se redresser, choisir, agir.
Quand on devient conscient du risque, on devient conscient de sa liberté.
Le risque n’est pas un danger à fuir, il est le lieu même où l’humain se construit.
Car c’est en osant que naît le courage, et c’est dans le courage que grandit l’âme.